Nouvelle-Calédonie // Partie 1 : Ile de Lifou

Du 20 au 25 avril

Dans un voyage au long court, arriver dans une nouvelle destination et être accueillis à l’aéroport, c’est le rêve !  L’accueil de Thomas et Chiara à Nouméa nous fait vite oublier notre spleen d’avoir quitté l’Australie.

Nous passons une première soirée à Nouméa, envahissant leur appartement.

Tout ce qu’ils nous racontent sur la Calédonie ce soir là sera très précieux pour notre compréhension de ce pays et de ses habitants. Je pense que sans cette introduction, j’aurai pu m’énerver toute seule 1000 fois devant le flegme ambiant.

La population de la Calédonie est grosso modo partagée entre Caldoches, descendant des colons arrivés par vagues successives, de gré ou de force (anciens bagnards) qui se sont appropriés la plupart des terres… ; les Kanaks, population autochtone mélanésienne ; et les Metros ou Zoreilles (comme Chiara et Thomas) qui sont des français de passage souvent des fonctionnaires (enseignants, administration, police) qui viennent profiter quelques années de ce petit paradis français du bout du monde.

Bref je ne vais pas vous refaire l’histoire mais il y a encore beaucoup de tension, de ressentiment et d’inégalités entre les Kanaks et les Caldoches qui ne se mélangent pas. Les Zoreilles ont l’air de faire leur vie à côté.

Le lendemain de notre arrivée, nous prenons l’avion pour Lifou, l’une des 3 Ile Loyauté. Les deux autres que nous n’aurons malheureusement pas le temps de visiter mais qui valent le détour aussi sont Maré, Ouvéa sur laquelle ont eu lieu les événements douloureux de 1988).

 

Outre le fait que Lifou corresponde en tout point à l’image que nous avons d’une ile paradisiaque, il est très intéressant de passer du temps sur une des Iles Loyauté car, elles n’ont pas été colonisées par les blancs. Les terres coutumières couvrent la totalité du territoire, elles sont donc peuplées de kanaks qui vivent en tribu, encore de manière traditionnelle autour de la chefferie.

Flèche faîtière : sculpture en bois qui orne le toit des grandes cases cérémonielles et qui incarne la chefferie ou encore l’ancêtre fondateur d’un clan
Case traditionnelle

Les contacts avec les kanaks ne sont pas toujours évidents. Ils sont à la fois très gentils et souriants, on se salue sur la route mais il y a aussi une certaine réserve vis-à-vis du touriste blanc et aussi un peu de nonchalance.

Les codes de communication sont différents : les kanaks utilisent le lever de sourcils à tout bout de champs pour dire Bonjour, pour acquiescer, à la place d’un hochement de tête…

La plupart du temps ils parlent tout doucement, c’est presque un murmure et il faut tendre l’oreille pour les entendre. Dans les bus, on peut assister à des discussions quasi muettes entre 2 personnes face à face, à croire qu’ils lisent sur les lèvres.

On a toujours aussi un peu peur de faire un faux pas : pénétrer dans un endroit tabou sans le savoir, ne pas faire la coutume quand il le faudrait, mal déchiffrer les signes des morceaux de tissus accrochés aux arbres et qui définissent clairement les règles de propriété pour les kanaks mais qui sont des énigmes pour nous.  Les réactions des kanaks nous surprennent souvent et nos standards occidentaux sur l’accueil et le service sont mis à mal et nous obligent à une certaine adaptation. Cela nous rappelle un peu la Bolivie visitée lors de notre tour d’Amérique du Sud il y a 15 ans, et si on arrive à passer la phase d’énervement, cela a un certain charme.

En dehors des 2 hôtels de l’Ile, c’est l’accueil en tribu qui prévaut sur Lifou, ce qui revient à dormir « chez l’habitant ».  Sur le papier cela nous va très bien mais c’est vrai que nous restons un peu sur notre faim sur la partie accueil justement.

On a prévu de loger chez Bella dans la tribu de Luengoni. Elle nous accueille gentiment mais nous fait comprendre qu’elle a eu du monde ces derniers jours, pas le temps de refaire les cases et nous envoie chez sa nièce à Hukekep. Arrivé à Hukekep, Agathe, la propriétaire, nous explique qu’elle est full, pas de case disponible (nous ne verrons personne pendant les 3 jours suivants…). Qu’à cela ne tienne, nous sommes équipés de 2 tentes prêtées par Thomas et Chiara et qui nous offriront autant de confort que les cases qui ont l’air un peu négligées (gros soulagement pour notre budget, la Calédonie, c’est cheeeeer). On lui dit que nous installer d’un de ses emplacements de camping nous va très bien d’autant que le spot est situé sur l’une des plages les plus paradisiaque de l’Ile. Elle finit pas accepter en nous indiquant juste de ne pas s’installer sous un cocotier et on ne la reverra plus de notre séjour, alors qu’on squatte pas mal dans le coin : on prend presque tous nos repas dans la petite cuisine du camping.

Attention à ne pas être sous le cocotier
Installation des tentes chez Hukekep

5* vue sur mer
Notre plage

Panorama du matin

5 jours au même endroit, on le temps de prendre nos petites habitudes :  on va faire les courses chez Korail ( le supermarché local), on fait des devoirs avec plus au moins de succès, on fait des jeux après le dîner, on soigne les petits bobos, les enfants se bricolent des histoires dans le jardin, ce qui laisse un peu de temps calme aux parents.

Parties de Rumikub endiablée

On soigne les petits pieds amochés

jeux et histoires chez les enfants

Installation d’un spot de rêve chez les parents

On a même eu le temps de donner un surnom à tous les chiens errants du coin selon leurs caractéristiques : « Sac à mouche » « la Hyène », « le peureux », « la bande des 7″… C’est sûr qu’on se serait bien passé de ces compagnons de plage qui se collent à notre tente, nous tournent autour pendant les repas ou hurlent la moitié de la nuit mais bon c’est la seule nuisance de l’île et depuis le temps on s’est habitué aux chiens des rues. Les enfants n’ont même plus peur de leur balancer des noix de coco dessus (non, non on n’est pas des bourreaux d’animaux mais quand le truc plein de plaies, puces, suintant et degueu essaye de s’installer sur ta serviette, on n’a plus de pitié).

Ici les gens travaillent un peu quand ils en ont envie, les horaires sont très aléatoires et il faut souvent commander sa nourriture la veille. Un panneau d’un snack que je regrette tant de ne pas avoir photographié déclare : « Ouvert de 9h jusqu’à l’ennui »… Unique non ?

Voici quelques exemples de dialogues / situations qui nous ont fait bien marrer (grâce à la bonne préparation psychologique de Thomas et Chiara) et qui montrent le côté lunaire des échanges,  la difficulté à trouver des info :

Nous souhaitons visiter les Joyaux de Luengoni, des grottes qui nous ont été recommandées (on ne sait pas trop à quoi s’attendre).

Je trouve quelqu’un dans le jardin de Hukekep pour avoir des infos :

  • Moi : Bonjour on voudrait visiter les grottes, est-ce qu’il faut un guide ou on peut le faire tout seul
  • Lui : Ah bah faut aller voir Noël
  • Moi : Ah d’accord. c’est qui Noël ?
  • Lui : Bah Noël Pia
  • Moi (dans ma tête : p_____, tu vas la cracher ta valda, c’est qui ce Noël Pia) : Heu c’est qui ? le guide pour aller aux grottes ?
  • Lui : Ben les grottes c’est chez lui
  • Moi : Ok et je peux le trouver où ?
  • Lui : Ah il doit être dans sa maison
  • Moi : D’accord mais il habite où ? (je commence à bouillir intérieurement, hey gars je suis arrivée hier soir et je ne connais pas tout le monde ici)

Bref, je finis par avoir le chemin pour aller chez Noël Pia qui gère l’accès aux grottes qui se trouvent sur son terrain…

Il faut avouer que les grottes valent le détour :  difficiles d’accès, elles forment une galerie noyée qui se visite à la nage à la lampe de poche, incroyable au milieu de stalagmites et de stalactites

A l’entrée de la grotte

Snorkelling dans les grottes

Autre situation, au marché, on est tout excités de découvrir des nouvelles denrées, de voir des étals de fruits inconnus… Mais il faut savoir que pendant le marché, c’est aussi l’heure du sacro-saint bingo. Et que toutes les femmes en robe mission derrière les étals sont concentrées sur l’annonce des chiffres criés à travers le marché qui nous semblent être un code secret (« petit 8 », « 6 collé »). Et toi simple touriste de passage qui pose 2-3 questions sur les produits qu’elles vendent, tu les déranges en pleine concentration sur leurs grilles et que tu peux donc rêver pour qu’elles te répondent. Une des vendeuses m’ignore ouvertement, sa voisine qui a un peu pitié de moi arrive à obtenir cette information stratégique sur le gâteau que je convoite : il contient des œufs et de la farine. Wahou….

 

Notre séjour est ponctué de petits instants comme ça et de rencontres sympathiques comme les paroissiens sans prêtre qui nous accueillent pour la messe, les ados qu’on prend en stop, Janine qui nous fait la visite de son jardin botanique et ses plantations de vanille avec passion …

et on sillonne l’ïle dans notre petite 207 découvrant ses recoins magnifiques.

Eglise et temple se partagent la vue sur mer
Au jardin botanique chez Felix avec sa femme Janine
Découverte du processus de la culture des gousses de vanille. Un travail de précision et de patience

On assiste aussi à l’évènement du « bateau ». 2 à 3 fois par semaine, un bateau de croisière, souvent australien, mouille dans une des baies de l’île venant secouer la tranquillité de Lifou.

Les tribus semblent être organisées pour prendre en charge une espèce de marché éphémère pendant le séjour à terre des croisiéristes leur proposant des stands de nourriture, des ateliers tressage des cheveux et massage, des souvenirs et des danses traditionnelles.

Quand on voit ce bateau dans la baie cela signifie invasion de touristes australiens
Coline en profite pour se tresser les cheveux
Danses traditionnelles

Le plus sympa pour nous dans tout cela, c’est voir les groupes repartir en navette, l’ambiance se détendre sur le marché, le bingo peut commencer… La place se libère pour aller snorkeler dans les magnifiques jardins de coraux de la Piscine Naturelle et des falaises de Jonkin.

Magnifique snorkeling dans ce jardin de corail

Les falaises de Jonkin

Je rêve aussi de goûter le fameux crabe des cocotiers de l’Ile : il parait que c’est le plus fin des mets ! Je me renseigne dans les 3 resto de l’Ile : le 1er ne fait pas, le second m’envoie chez le 3e qui me dit que c’est pas la saison. C’est pas la saison mais y’en a quand même au marché…  Alors le dernier jour avant de prendre l’avion, on se dit que ça serait chouette d’en ramener à Nouméa pour se faire un gueuleton avec Chiara et Thomas. Je prends 2 beaux spécimens au marché en essayant d’en savoir plus sur le modus opéranti

  • Moi : ça se conserve au frais ?
  • La vendeuse : Oui, oui
  • Moi : mais si je prends des crabes de coco, je peux les emmener dans l’avion ?
  • La vendeuse : oui si tu les mets dans un sac Korail (le sac Korail semble résoudre le problème du frais, je ne sais pas trop par quelle magie car c’est comme tous les sacs de supermarché)
  • Moi : Et pour le faire cuire ?
  • Elle : …
  • Moi : je le mets dans l’eau bouillante
  • Elle : (levé de sourcil) Dans l’eau bouillante oui.
  • Moi : Combien de temps ?
  • Elle : ……
  • Moi : Je les fait cuire 10 – 15 mn?
  • Elle : 10 – 15 mn oui
  • Moi : jusqu’à ce qu’il devienne rouge ?
  • Elle : c’est ça.

Typiquement Kanak : ils ne répondent pas aux questions ouvertes, cela oblige à guider le dialogue avec des questions fermées ce qui revient, dans le cas d’une recette de cuisine à finalement la décrire soi-même.

Accessoirement dans cette situation, elle ne m’alerte pas sur le fait que le crabe de coco , un peu comme le fugu japonais peut être toxique si il est mal préparé ou si on ne la pas fait jeûner au régime de coco pour éliminer la toxine qu’il peut avoir ingéré en mangeant le fruit du faux-manguier…

Notre avion du matin est annulé, on squatte alors toute la journée dans un des hôtels super classe de l’ile pour le prix d’un déjeuner. C’est ça aussi la Calédonie, personne ne te demande de partir si tu as fini de consommer.

Déjeuner avant le squat organisé

Nos crabes de coco squatteront eux le frigo de l’hôtel en attendant notre retour sur Nouméa où heureusement Thomas et Chiara sont plus au fait sur cette histoire de toxine. Ça nous aura au moins permis de faire plus couleur locale à l’aéroport et de récupérer notre sac Korail comme tout le monde sur le carrousel à bagage

Retour à Nouméa pour une soirée de retrouvaille avec Thomas et Chiara et on se console du crabe de coco avec les délicieuses pizzas italiennes faites maison.

Cette nuit mes beaux parents nous rejoignent et demain nous commençons notre périple sur Grande-Terre (l’ïle principale de Calédonie) et la mythique Île des Pin.

 

 

 

 

4 commentaires

  1. Quel régal cet article sur Lifou merci
    je me suis tellement retrouvée dans la description de l’ile , des canaques , des paysages
    quel bonheur de revivre cela grâce à ton récit si vivant
    j’ai hâte de te lire sur la partie que nous avons vécue ensemble…
    merci de prendre la peine de partager vos souvenirs ! big bisous

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